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Bordeaux

Le français signé

Le français signé est un mode de communication qui vise directement l’intercompréhension entre deux locuteurs (généralement un sourd et un entendant) et qui met en œuvre de manière simultanée les deux systèmes linguistiques : la langue française orale et la LSF. Le français signé est l’équivalent dans sa façon de se réaliser, du français anglicisé ou de l’anglais francisé. Il appartient dans sa forme au locuteur lui-même et le degré d’invasion d’un système linguistique sur l’autre demeure aléatoire.

1/ Un compromis entre deux langues : retour aux signes méthodiques

Les signes méthodiques de l’abbé de l’Épée pour structurer, linéariser et reconstituer les différentes parties du discours partaient du postulat que la langue des signes était imparfaite dans sa forme et dans son fond. Il s’agissait de créer un compromis en provoquant un processus d’emprunt (comme le grec et le latin pour le français) afin de l’ériger au rang de langue de connaissance. Si les signes méthodiques sont acceptés pour l’accès à la langue écrite, la jeune communauté linguistique ne gardera que certains signes issus de la dactylologie dans l’évolution de sa langue. Est-ce à dire que le français signé est un héritage des signes méthodiques ? Il dépend de la forme du discours et de l’intention du locuteur.

2/ Ni un pidgin ni un créole : est-ce une langue ? Un pseudo-sabir ?

La confrontation entre deux systèmes linguistiques aurait effectivement pu donner lieu au mieux à un processus de pidginisation  puis de créolisation. Or, la forme ne s’étant jamais fixée entre les locuteurs, elle rend impossible la structuration du système. Le français signé n’est pas une langue, à la rigueur un pseudo-sabir, c’est-à-dire utilisé sous les formes les plus diverses selon les locuteurs.

 

3/ Un espace mouvant entre deux pôles

Le français signé peut revêtir une forme très linéaire avec une volonté de signer tous les mots (pleins et outils) du discours ; une forme intermédiaire qui met en avant les mots pleins porteurs de sens ; une forme iconique avec une volonté de prendre en compte quelque peu la grammaire spatiale. D’autres formes encore possibles selon qu’elles se situent entre les deux pôles : + linéaire / + iconique.

 

4/ La communication : un souci de compréhension

Le français signé avec ses règles de combinaison est un appoint qui se limite aux besoins spontanés du locuteur qui l’a fait naître. L’enjeu est l’intercompréhension entre les deux locuteurs. En cela, il s’agit bien d’un mode de communication.

5/ La pédagogie : le piège de la facilité

Le français signé à des fins didactiques ou son usage dans le champ pédagogique est une erreur. Le discours dispensé en classe en français signé rassure l’enseignant dans sa volonté de se faire comprendre, de maintenir un discours en français oral tout en nourrissant l’illusion que le canal de réception est restauré par l’adjonction de signes. Or, ce modèle tronqué érigé à tort en vecteur de connaissances se retrouvera irrémédiablement et sous des formes les plus variées et les plus déstructurées, dans les écrits du jeune sourd.

6/ Limites et dangers

Les élèves sourds présentent, très souvent, des difficultés dans l’acquisition de la langue française. La réalité démontre que nombre d’entre-eux ne maîtrisent ni le français ni la LSF. La confrontation quotidienne du jeune sourd au français signé constitue le risque de compromettre d’autant plus l’acquisition des deux langues. Le français signé n’est pas un modèle fiable, clair et cohérent, permettant aux élèves sourds de se structurer. Inscrire son usage dans un projet linguistique personnalisé serait une hérésie. c’est un « mieux que rien » dans un contexte de communication, c’est « pire que tout » dans le cadre de l’enseignement.

Frédéric Brossier