Victor-Gomer Chambellan

Victor-Gomer Chambellan est né le 09 décembre 1815. Il entre à l’I.N.J.S. de Paris en 1830 pour terminer ses études six ans plus tard. En 1838, il devient aspirant professeur. En 1839, Jean-Jacques Valade-Gabel est nommé directeur de l’I.N.J.S. de Bordeaux, et demande à Chambellan de le suivre. Il se marie avec une sourde de Saintes, Jacquette Louisa Dorliac. En 1859, Chambellan est muté à Paris, lorsqu’est décidée la séparation entre filles (à Bordeaux) et garçons (à Paris). Il publie de nombreux ouvrages sur l’éducation des élèves sourds, comme : 

  • Petites leçons de morale à l’usage des écoles de sourds-muets (1860)
  • Grammaire pratique à l’usage des élèves sourds-muets de deuxième année (1862)
  • Grammaire pratique et conversations familières à l’usage des élèves sourds-muets de troisième année (1868)
  • De l’importance incontestable du langage mimique dans l’enseignement des sourds-muets de naissance (1884)
  • Quelques mots sur la vulgarisation du langage des signes (1887)

Chambellan s’engage dans de nombreuses actions pour la promotion de la surdité et de la langue des signes : il coorganise le Congrès international des sourds de 1889, il est président de l’Association amicale des sourds-muets, vice-président de la Société centrale d’éducation et d’assistance pour les sourds-muets…

https://data.bnf.fr/fr/10600042/victor-gomer_chambellan/

Yann et Angélique Cantin, Dictionnaire biographique des grands sourds en France, Archives et Culture, 2017


En 1838, un nouveau directeur est nommé à l’école des sourds de Bordeaux. Il arrive de Paris avec un de ses meilleurs élèves, Victor Chambellan (1816-1906). Celui-ci a 22 ans. On lui confie une classe de 8 garçons. Il n’a pourtant pas le titre de professeur.

En 1842, le nombre d’élèves a déjà bien augmenté. L’établissement manque toujours de professeurs. Le directeur organise alors un examen-maison pour 3 membres du personnel. Les épreuves sont au nombre de quatre :

  • Répondre sans préparation à la question suivante : comment développer chez le sourd- muet la connaissance de Dieu ?
  • Soutenir une conversation par la dactylologie. Il s’agit de l’alphabet manuel.
  • Composer une leçon destinée à faire comprendre le rôle des pronoms personnels je, tu, il.
  • Traduire en langage des signes le passage suivant, extrait du Livre III des Aventures de Télémaque de Fénelon, 1699 : « Pygmalion craint tout et des étrangers et de ses sujets. Au lieu d’ouvrir, suivant notre ancienne coutume, ses portes à toutes les nations les plus éloignées, dans une entière liberté, il veut savoir le nombre des vaisseaux qui arrivent, leur pays, le nom des hommes qui y sont, leur genre de commerce, la nature et le prix de leurs marchandises, et le temps qu’ils doivent demeurer ici. »

Chambellan réussit cet examen en tête et devient ainsi professeur.

En 1858, fait remarquable, on le charge du discours lors de la distribution des prix, discours habituellement pris en charge par le directeur.

En 1859, au milieu du second Empire, l’État décide de séparer les filles et les garçons dans les 2 institutions nationales pour sourds-muets. Chambellan retourne vers la capitale, avec quelques collègues et 51 jeunes sourds.

(Extraits d’une conférence de Marie-Hélène Bouchet et Sandy Sabaté – mai 2019)

A propos de la rentrée des classes

« Chers élèves, 

Les vacances sont finies. Nous avons repris nos travaux le 1er octobre […]. 

Avant de commencer mon cours, je vais vous donner quelques bons conseils, et si vous voulez qu’on soit content de vous, vous les suivrez. 

Remplissez ponctuellement tous vos devoirs. Vous devez l’exemple à vos camarades plus jeunes que vous. 

Si, quand vous entrez en classe, le professeur ou le répétiteur n’est pas arrivé, loin de l’attendre, prenez chacun votre livre, asseyez-vous et étudiez. Le temps est précieux ; il faut le bien employer. 

Lisez, écrivez, et surtout revenez sans cesse sur vos anciennes leçons. Perfectionnez-vous aussi dans le langage des signes, car c’est indispensable pour que vous puissiez exprimer clairement vos pensées et parvenir à comprendre les règles de la langue écrite. 

Mais, je vous le répète, lisez beaucoup et avec attention ; réfléchissez beaucoup. Vous devez préférer les lectures instructives aux jeux d’enfance. 

Allons, mes jeunes amis, courage, de la persévérance. »

Victor Chambellan, Grammaire pratique et conversations familières à l’usage des élèves sourds-muets de troisième année


« II y a quelque temps, j’ai signalé le langage mimique comme le moyen le plus efficace pour développer les facultés intellectuelles et morales des sourds-muets, tout en reconnaissant les avantages que l’articulation procure à un petit nombre d’entre eux. Il serait oiseux d’y revenir. Mais on me prend pour un avocat fanatique de la pantomime ; on oublie qu’elle est la peinture vivante de la pensée. Parlant aux yeux, elle rend à peu près les mêmes services que la parole s’adressant à l’oreille. […]

On ne contestera point la compétence de ces hommes dévoués et désintéressés ; ils ont su apprécier l’influence du langage naturel des signes, langage qui exprime bien et tous les besoins de la vie et tous les sentiments du cœur de l’homme, que chacun parle selon son inspiration, et qui rend compatriotes les étrangers les plus éloignés. Il remplit à la fois le rôle de la parole et le rôle de l’ouïe. Faisons nos efforts pour le propager davantage et le vulgariser enfin parmi les entendants-parlants. Le muet sera arraché à l’isolement ; les préjugés dont il est l’objet tomberont rapidement ; une communication sympathique s’établira entre lui et la société; tous le comprendront, même s’il est illettré, comme il comprendra tout le monde. Un nouveau progrès sera fait, et un service réel sera rendu à l’humanité. […]

L’enseignement par la méthode des signes retrouvera un jour la faveur qu’il n’aurait jamais dû perdre, la mimique étant le miroir réflecteur de l’intelligence du sourd-muet. Avec cette mimique, dont le domaine est aussi vaste et aussi varié que la nature, on ne se renferme point dans des limites ; on n’a même pas besoin de s’en tenir au vocabulaire de l’élève, de faire un choix de mots ou de phrases ; on peut l’entretenir de tout, et on voit sur-le-champ si l’on est compris. »

Quelques mots sur la vulgarisation du langage des signes


« Tous les journaux de Paris ont annoncé la mort de M. Victor-Gomer Chambellan, ancien professeur à l’Institution nationale des sourds-muets de Paris. Mais ils négligent de dire que c’était un sourd-muet et des plus distingués. C’était un professeur habile, passionné surtout par l’enseignement grammatical. Il forma beaucoup d’élèves remarquables. Il écrivit aussi de nombreux ouvrages et, lors de l’application des résolutions du Congrès de Milan, il eut, presque seul de tous les professeurs sourds-muets, le courage d’écrire des brochures retentissantes, combattant la méthode orale pure. Les plus répandues furent Quelques mots sur la vulgarisation du langage des signes et De l’importance incontestable de la mimique dans l’enseignement des sourds-muets. Lorsqu’il eut quitté l’enseignement, les membres de l’Association amicale des sourds-muets de France le nommèrent leur président à la place de Ferdinand Berthier, fonction qu’il occupa durant de longues années. Il fut président du Comité d’organisation du Congrès de 1889 et se chargea d’écrire le compte rendu. A plusieurs reprises, il présida les banquets de l’abbé de l’Epée à Paris, et, en juillet 1901, présida le banquet de l’Alliance silencieuse consacré aux lois révolutionnaires. Depuis cette époque, il disparut peu à peu de la scène, et il y a trois ans, il fut interné par son fils, docteur-médecin, pour l’instruction duquel il avait fait de grands sacrifices, dans une maison de santé où il vient de s’éteindre à l’âge de 89 ans, ce qui prouve la longévité des sourds-muets. M. Chambellan était vice-président de la Société centrale d’éducation et d’assistance pour les sourds-muets en France et officier de l’instruction publique. »

Henri Gaillard, Revue des sourds-muets, octobre 1906

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