L'INJS à travers le temps
L'abbé de l'Épée
Portrait de l’abbé de l’Épée, collection INJS de Bordeaux
Charles-Michel de L’Épée naît le 24 novembre 1712 à Versailles. Sollicité par la maman de deux jeunes filles sourdes pour poursuivre leur éducation à la suite du décès de leur précepteur, il découvre que les gestes qu’elles échangent sont en fait leur mode de communication. Il comprend alors qu’il est possible de communiquer avec elles et de leur donner accès à une éducation, dans une France du XVIIIè siècle où seuls les sourds de familles fortunées bénéficient d’une éducation.
Cette révélation sera le point de départ de toute sa vie et de son œuvre. Il accueille les deux jeunes sœurs à son domicile, il apprend leur langue et très vite, la nouvelle se répand, sa maison se transforme en école ouverte à tous les sourds. La méthode pédagogique dite des « signes méthodiques » s’exporte dans le monde entier. L’abbé de l’Épée a initié la création d’un grand nombre d’écoles dédiées aux jeunes sourds.
Aujourd’hui, l’abbé de l’Épée reste une figure emblématique de la communauté sourde française qui se retrouve chaque année à l’occasion de son anniversaire, pour célébrer sa mémoire autour d’événements festifs, ludiques ou sportifs.
1786 – Fondation de l’Institution des sourds-muets de Bordeaux
Au cours d’un voyage à Paris, Monseigneur Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux, rend visite à l’école des sourds fondée par l’abbé de l’Épée. Il est conquis et décide de créer un établissement similaire à Bordeaux.
Il demande à l’abbé Sicard d’y enseigner. Celui-ci va se former auprès de l’abbé de l’Épée. A son retour, une maison est louée 39 rue Capdeville, quelques élèves sourds sont rassemblés et les cours commencent le 20 février 1786.
Jean de Saint-Sernin y enseigne la grammaire, le calcul, la géométrie et la géographie, tandis que l’abbé Sicard se consacre à l’enseignement de la religion et de l’histoire sainte.
Les effectifs de jeunes sourds vont très vite augmenter.
1793 – L’institution nationale des sourds-muets
L’abbé Sicard succède à l’abbé de l’Épée à l’école de Paris. Jean Saint-Sernin est nommé directeur de l’école de Bordeaux en 1790. Le 21 septembre 1791, l’Institution s’installe dans le couvent des Minimes (rue des Minimes, près du Fort du Hâ).
En 1793, Jean Saint-Sernin se rend à Paris avec deux de ses élèves. Ils participent à une réunion du Comité d’instruction publique, puis à une séance de la Convention. Après les avoir entendus, le 17 mars, la Convention place l’Institution de Bordeaux sous la protection de la Nation, comme celle de Paris. L’école des sourds-muets de Bordeaux devient Institution nationale par décret du 12 mai 1793.
1796 – Déménagements
Le nombre d’enfants accueillis augmentant, un décret du Directoire du 6 vendémiaire an 5 (1796) attribue à l’Institution de nouveaux locaux, rue des Religieuses (actuelle rue Thiac), dans l’ancien couvent des Catherinettes.
En 1801, une commission administrative est chargée de l’administration de l’Institution, et en 1805, quatre Sœurs de Nevers sont nommées responsables de l’économat et de la surveillance des filles. Jean de Saint-Sernin part à la retraite en 1814, et est remplacé par M. Guilhe.
En 1838, Jean-Jacques Valade-Gabel, enseignant à l’Institution des sourds-muets de Paris, est nommé directeur de l’établissement bordelais. Il réforme l’enseignement et introduit la méthode intuitive alliant la langue des signes à l’apprentissage du français écrit. L’institut royal de Bordeaux devient un des cinq établissements généraux de bienfaisance et d’utilité publique.
En septembre 1859, est décrétée la séparation des sexes dans les établissements nationaux pour sourds. Les filles vont à Bordeaux et les garçons à Paris. On assiste à un transfert de jeunes et de professionnels entre les deux institutions.
Les professeurs hommes quittent Bordeaux pour rejoindre Paris, tandis que des Sœurs de Nevers sont recrutées pour assurer l’enseignement et l’éducation pour les jeunes sourdes de l’établissement bordelais. Les jeunes sourdes entrent dans l’Institution à partir de l’âge de huit ans. La scolarité dure six ans. Le nombre d’élèves continue d’augmenter : 68 en 1815, 115 en 1852…
1805 – L’institution est confiée aux bons soins des sœurs de la charité de Nevers
De 1805 jusque dans les années 1980, l’institution est confiée aux bons soins des sœurs de la charité de Nevers. Découvrez leur histoire, qu’elles ont elles-mêmes rédigée : https://injs-bordeaux.org/wp-content/uploads/2025/10/Soeurs-de-la-charite-de-Nevers.pdf
1870 – Inauguration du nouvel Institut bordelais
L’ancien couvent des Catherinettes, devenu insalubre, est détruit et remplacé par de nouveaux bâtiments conçus pour accueillir les jeunes filles sourdes et les sœurs de la congrégation de Nevers, par l’architecte départemental Joseph Adolphe Thiac. Les travaux sont achevés en 1870.
Le développement de la photographie au XXè siècle nous a permis de retrouver des clichés du siècle dernier et de découvrir en images l’évolution de l’INJS de Bordeaux dans le temps à travers les lieux, les tenues, les activités. Cliquez sur la photo de votre choix pour ouvrir la galerie, faire défiler les photos et les admirer plus en détails.
Photos INJS de Bordeaux.
Après une période florissante, l’institution décline entre les deux guerres jusqu’à n’accueillir au plus bas que 50 élèves. Le vaste bâtiment suscite les convoitises. A l’issue de la seconde guerre mondiale, le gouvernement français priorise le rétablissement de l’ordre sur le territoire et le recrutement de policiers.
Au journal officiel du 5 janvier 1949, un décret affecte « au Ministère de l’Intérieur, en vue de l’aménagement d’une cité administrative, l’immeuble domanial situé rue de l’abbé de l’Épée ». La mesure suscite une vive opposition mais il est finalement décidé que l’institution déménagerait.
En août 1951, l’État acquit pour l’institution le château Laburthe à Gradignan et son parc de 12 hectares. L’architecte Pierre Mathieu (1911 – 1997) dessina des bâtiments destinés à accueillir les dortoirs, les salles de cours, un gymnase, une chapelle et des logements pour les sœurs de la congrégation de Nevers et les 215 jeunes filles sourdes que compte alors l’institution.
Pierre Mathieu a grandement participé à l’expansion considérable de l’immobilier d’après-guerre. Les coursives qui relient chaque bâtiment sont une de ses signatures.
Photos INJS de Bordeaux.